Le management des connaissances dans l’entreprise, par M. Grundstein

Published on 18/06/2000 // updated on 01/07/2026

 

Problématique de la gestion des connaissance, Axe de progrÚs, Orientations

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AprĂšs une rĂ©flexion sur la «problĂ©matique de capitalisation des connaissances de l’entreprise », cet article positionne et met en perspective les activitĂ©s et les dimensions du «management des connaissances » qui en dĂ©coule. Il suggĂšre un axe de progrĂšs, propose de dĂ©velopper des initiatives selon quatre grandes orientations et induit une vision prospective du systĂšme d'information numĂ©rique centrĂ© sur le poste de travail informatisĂ© de l'acteur-dĂ©cideur.

1.Introduction

En 1993, on pouvait lire dans le livre de Peter Drucker [Drucker, 93] : « De plus en plus, la productivité du savoir va devenir pour un pays, une industrie, une entreprise, le facteur de compétitivité déterminant. En matiÚre de savoir, aucun pays, aucune industrie, aucune entreprise ne possÚde un avantage ou un désavantage 'naturel'. Le seul avantage qu'il ou elle puisse s'assurer, c'est de tirer du savoir disponible pour tous un meilleur parti que les autres ».
Aujourd’hui, les influences conjointes de la mondialisation des marchĂ©s, de la libĂ©ralisation de l’économie et de l’impact des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) engendrent des transformations structurelles rapides et l’accĂ©lĂ©ration des processus de dĂ©cision. L’entreprise doit tout Ă  la fois :

  • Innover sur tous les plan : innovation organisationnelle (e-business, entreprise Ă©tendue,..) ; innovation de produits et de procĂ©dĂ©s ; innovation de services.
  • RĂ©duire les cycles et les coĂ»ts de conception, de production, de mise sur le marchĂ© de ses produits et services.
  • AccroĂźtre sa rĂ©activitĂ©.
  • AmĂ©liorer sans cesse la qualitĂ© de ses produits et de ses services.

A cette fin, les efforts se sont portĂ©s sur la mise en Ɠuvre de solutions gĂ©nĂ©riques qui ont un impact dĂ©terminant sur la structure organisationnelle et le comportement socioculturel des employĂ©s. Les entreprises ont investi dans les concepts et technologies suivants sans apporter une grande attention aux problĂšmes de gestion des connaissances sous-jacents : Management par la qualitĂ© totale (ou Total Quality Management, T.Q.M.) ; Management par projet ; Management des compĂ©tences ; Reconfiguration des processus (ou Business Process Re-engineering, B.P.R) ; Progiciel de gestion intĂ©grĂ© (ou Enterprise Resource Planning, E.R.P.) ; Management de la logistique (ou Supply Chain Management, S.C.M.) ; Management de la relation client (ou Customer Relationship Management, C.R.M.).

Ces solutions mises en place, les firmes sont maintenant placĂ©es devant la nĂ©cessitĂ© d’accorder plus d’autonomie Ă  chaque agent, qui se transforme ainsi en acteur-dĂ©cideur quel que soit son rĂŽle et sa position hiĂ©rarchique. Elles prennent conscience de la valeur du capital immatĂ©riel, notamment de leur capital de connaissances [Edvinsson & Malone, 97], [Pierrat & Martory, 96]. Au delĂ  de l'approche implicite de la gestion des connaissances pratiquĂ©e au quotidien, elles ont besoin d'une approche consciente et volontariste pour survivre et prĂ©senter des avantages concurrentiels durables [Davenport & Prusak, 98]. Les entreprises doivent assurer la maĂźtrise des connaissances utilisĂ©es et produites au cours du dĂ©roulement de leurs processus Ă  valeur ajoutĂ©e.

AprĂšs une brĂšve prĂ©sentation de l'Institut International pour l'Intelligence Artificielle (IIIA) et du Groupe de recherche SIGECAD (SystĂšme d’Information, GEstion des Connaissances et Aide Ă  la DĂ©cision ) du LAMSADE, nous dĂ©crivons les courants d’influence qui ont contribuĂ© Ă  l’émergence du concept de
« capitalisation des connaissances » et nous faisons un bref historique des Ă©tapes ayant conduit Ă  sa mise en Ɠuvre. Cela nous conduit Ă  rappeler notre point de vue sur les connaissances de l'entreprise et Ă  poser la problĂ©matique de capitalisation de ces connaissances [Grundstein, 95].

Nous positionnons ensuite le management des activitĂ©s et des processus permettant d’assurer la maĂźtrise des connaissances dans les entreprises. Nous suggĂ©rons alors un axe de progrĂšs, proposons de dĂ©velopper des initiatives selon quatre grandes orientations et introduisons une rĂ©flexion sur les caractĂ©ristiques de la dĂ©marche mĂ©thodologique, dĂ©nommĂ©e GAMETH, destinĂ©e Ă  rĂ©pondre Ă  l’une des facettes de la problĂ©matique: le repĂ©rage des connaissances cruciales. Enfin, notre rĂ©flexion sur la capitalisation des connaissances nous conduit Ă  distinguer trois natures d’informations (les informations circulantes, les informations sources de connaissances, les informations partagĂ©es) et induit une vision prospective du systĂšme d'information numĂ©rique centrĂ© sur le poste de travail informatisĂ© de l'acteur-dĂ©cideur.

1.1 L'Institut International pour Intelligence Artificielle (IIIA)

L'Institut IIIA est une association, loi 1901, fondĂ©e en 1989 par AEROSPATIALE, FRAMATOME, RHÔNE- POULENC, SGN, SHELL-RECHERCHE, SOLVAY et l'UniversitĂ© de Technologie de CompiĂšgne (UTC).
DÚs l'origine, la mission de IIIA a été de favoriser les travaux et le partage d'informations entre industriels et d'organiser les échanges avec les organismes de recherche, dans les domaines de l'intelligence artificielle, de l'informatique avancée et de l'ingénierie des connaissances.

Les activités de IIIA, qui intÚgrent la dimension humaine des problÚmes, se traduisent par une veille technologique permanente, l'évaluation et le positionnement des techniques, des méthodes et des outils utilisés et testés par les membres industriels engagés dans ces domaines, des études de faisabilité et la mise en commun de moyens. Progressivement, les activités de IIIA ont mis en lumiÚre l'importance de la maßtrise des connaissances pour l'entreprise. Ainsi, IIIA est devenu le lieu d'une réflexion commune et de travaux en coopération entre Industriels et Universitaires, dans le domaine de la maßtrise des connaissances en milieu industriel.

1.2 Le groupe de recherche SIGECAD (SystÚme d'Information, GEstion des Connaissances et Aide à la Décision) du LAMSADE

Le SIGECAD s'est constitué dans le prolongement du séminaire "Gestion des connaissances et décision" initié en 1998 à l'Université Paris Dauphine sous la responsabilité de Camille Rosenthal-Sabroux, Maßtre de Conférence habilitée à diriger des recherches. Il regroupe des chercheurs issus du monde universitaire et du monde industriel et se place à la croisée des courants de recherche portant sur la gestion des entreprises, l'ingénierie des systÚmes d'informations et de connaissances, la modélisation des processus de décision.

Les recherches du SIGECAD mettent en perspective l'intégration du concept de capitalisation des connaissances de l'entreprise dans la conception du systÚme d'information numérique. Elles sont portées par une vision globale d'un systÚme d'information numérique centré sur le poste de travail informatisé, instrument de travail devenu incontournable de l'acteur-décideur. Les recherches ont conduit à distinguer trois natures d'information : les informations circulantes, les informations sources de connaissances et les informations partagées.

Elles s'appuient, notamment : sur les avancĂ©es en matiĂšre de conception de systĂšmes d’informations circulantes fournies, par exemple, par le langage de modĂ©lisation UML et son processus de dĂ©veloppement RUP ; sur les apports des Progiciels de Gestion IntĂ©grĂ©s ; sur les technologies de traitement des informations partagĂ©es (GED, Groupware, workflow, CSCW, outils de fouille et de prĂ©sentation de donnĂ©es, outils de comprĂ©hension de texte, moteurs de recherche et outils de personnalisation de l'information) ; sur les techniques de gestion des connaissances pour activer les facettes de la problĂ©matique de capitalisation des connaissances, c’est-Ă -dire, repĂ©rer, prĂ©server, valoriser, actualiser les informations sources de connaissances ; sur les retombĂ©es des recherches en ingĂ©nierie des connaissances.

 

2. La capitalisation des connaissances de l'entreprise

2.1 L'émergence du concept de Capitalisation des connaissances : les courants d'influence

Le concept de capitalisation des connaissances subit l’influence de plusieurs courants. En effet, si l’idĂ©e sous- jacente Ă  ce concept est que la connaissance constitue une ressource de base, le fait de le reconnaĂźtre se dĂ©cline sous des formes trĂšs diffĂ©rentes selon que les considĂ©rations du domaine sur lequel on travaille sont d’ordre Ă©conomique ou technique.

Dans son Ă©tude sur la genĂšse du concept de capitalisation des connaissances Alexandre Pachulski dĂ©crit trois courants d’influence, que nous avons identifiĂ© pour leur impact sur le concept de capitalisation des connaissances, [Pachulski et al, 00]: le courant Ă©conomique et managĂ©rial, le courant intelligence artificielle et ingĂ©nierie des connaissances, le courant ingĂ©nierie des systĂšmes d’information. Nous reprenons ci-aprĂšs quelques Ă©lĂ©ments significatifs de son Ă©tude.

Le courant économique et managérial

Ce courant a fortement participĂ© Ă  l’émergence du concept de capitalisation des connaissances tel que nous l’abordons. Cette Ă©mergence se dĂ©cline selon nous en trois phases :

‱ Un changement du paradigme de la stratĂ©gie d’entreprise dĂ©nommĂ©e « l’approche basĂ©e sur les ressources », auquel Edith Penrose a fortement contribuĂ©. Elle fut la premiĂšre Ă  amorcer ce changement de paradigme en 1959, avec la parution de son livre intitulĂ© : « Theory of the growth of the firm » [Penrose, 59].

Elle explique dans cet ouvrage que l’entreprise subit une perte de capital lorsqu’un employĂ© capable, c’est-Ă -dire un employĂ© dont les services interviennent dans le processus de production, quitte la firme. En confĂ©rant Ă  la connaissance une valeur Ă©conomique, au mĂȘme titre que toute autre ressource matĂ©rielle faisant partie du capital, Edith Penrose a ouvert la voie Ă  une nouvelle thĂ©orie Ă©conomique qui doit placer le savoir au centre du processus de crĂ©ation de la richesse.

‱ Une nouvelle vision de l’entreprise, Ă  travers les notions de rĂ©pertoire de connaissances et de routines organisationnelles Ă©noncĂ©es par R.R. Nelson et S.G. Winter. Dans leur ouvrage « An evolutionary theory of economic change » [Nelson & Winter, 82], les auteurs dĂ©finissent la notion de compĂ©tence comme une capacitĂ© Ă  coordonner une sĂ©quence de comportements (ou actes) en vue d’atteindre des objectifs dans un contexte donnĂ©.

Par ailleurs, ils dĂ©finissent la notion de routine organisationnelle comme un schĂ©ma comportemental prĂ©dictible et rĂ©gulier. Ces routines sont le siĂšge des connaissances de l’organisation, car au-delĂ  de toute formalisation, la meilleure maniĂšre de mĂ©moriser les connaissances de l’organisation rĂ©side dans l’exercice de celles-ci. Ainsi, l’ensemble des routines d’une organisation constitue son rĂ©pertoire de connaissances.

‱ Des changements organisationnels prenant en charge la problĂ©matique de capitalisation des connaissances de l’entreprise [Drucker, 93][Prahalad & Hamel, 95][Nonaka & Takeuchi , 95]. ConcrĂštement, l’entreprise doit apprendre Ă  Ă©tablir des connections entre ses membres, c’est-Ă -dire mettre en relation des personnes dont la coopĂ©ration sera gĂ©nĂ©ratrice de connaissances nouvelles et utiles pour elles-mĂȘmes et pour l’entreprise. Ces connections peuvent s’opĂ©rer aussi bien au niveau individuel qu’au niveau d’une Ă©quipe ou de l’organisation toute entiĂšre.

Le courant intelligence artificielle et ingénierie des connaissances

L’intelligence artificielle a introduit la notion de connaissance dans l’univers informatique oĂč il n’était question que des donnĂ©es et de leur traitement, les connaissances dĂ©terminant Ă  la fois « le comportement, la configuration et la portĂ©e des programmes d’intelligence artificielle» [Ganascia, 90]. Ainsi en introduisant la connaissance comme matiĂšre premiĂšre de l’informatique, l’intelligence artificielle a produit une vĂ©ritable rĂ©volution : « La gĂ©nĂ©ralisation des techniques de rĂ©solution de problĂšmes induit un nouveau mode de programmation pour lequel les connaissances du domaine sont assimilables Ă  un programme


Le pas est franchi, on est passĂ© d’une programmation procĂ©durale classique Ă  la construction d’une base de connaissances, c’est-Ă -dire d’une succession d’instructions, exĂ©cutables selon un ordre rigoureusement Ă©tabli, Ă  une simple description structurelle des objets de l’univers et de leurs propriĂ©tĂ©s » [Ganascia, 90]. De lĂ  vont naĂźtre les domaines de l’apprentissage, de la rĂ©solution de problĂšmes et plus tard de l’ingĂ©nierie des connaissances. Alan Newell et Herbert Simon [Newell & Simon, 72], en limitant le champ d’étude de la connaissance, ont fourni Ă  l’intelligence artificielle un cadre d’étude prĂ©cis, Ă©vitant ainsi de s’opposer aux courants des sciences humaines.

Le courant ingĂ©nierie des systĂšmes d’information

Selon J. Arsac [Arsac, 70], « une information est une formule Ă©crite (ou enregistrĂ©e) susceptible d’apporter une connaissance. Elle est distincte d’une connaissance
. Cette dĂ©finition est un principe fondamental de l’informatique
. Il est juste – prĂ©cise-t-il – de parler de l’action d’informer , ou de donner une forme Ă  une connaissance, pour en permettre la communication ou la manipulation
. ».

Cette dĂ©finition de la notion d’information nous permet de comprendre ce qui diffĂ©rencie fondamentalement l’ingĂ©nierie des connaissances de l’ingĂ©nierie des systĂšmes d’information : lĂ  oĂč le systĂšme d’information ne se doit que d’informer, l’ingĂ©nierie des connaissances se doit de donner une forme Ă  une connaissance, pour en permettre la communication ou la manipulation. Les connaissances que l’ingĂ©nierie des connaissances aura permis
« d’extraire » d’un expert et les systĂšmes Ă  base de connaissances dans lesquelles elles seront codĂ©es feront partie du systĂšme d’information, au mĂȘme titre que tout document Ă©crit.

 

2.2. Un bref historique

Notre expérience du développement de systÚmes à base de connaissances a mis en lumiÚre les potentialités de l'ingénierie des connaissances et des technologies de l'intelligence artificielle :

‱ Le dĂ©veloppement de SystĂšmes Ă  base de connaissances permet, pour chaque projet, de formaliser une partie du savoir-faire attachĂ© Ă  un produit, un procĂ©dĂ©, une fabrication, un processus de travail, tout en provoquant une amĂ©lioration des activitĂ©s coutumiĂšres des personnes.
‱ Le travail de modĂ©lisation, pratiquĂ© par les ingĂ©nieurs de la connaissance sur les connaissances dĂ©tenues par les personnes directement engagĂ©es dans les processus de production de l'entreprise, provoque des phĂ©nomĂšnes de clarification et d'approfondissement des problĂšmes et de renforcement des compĂ©tences.

Mais surtout, ce travail, en modifiant notre façon de poser les problĂšmes, ouvre des perspectives nouvelles : il amĂ©liore considĂ©rablement notre aptitude Ă  saisir la complexitĂ© des situations et des problĂšmes rencontrĂ©s; par lĂ  mĂȘme, il nous permet de trouver des solutions mieux adaptĂ©es et accroĂźt notre capacitĂ© d'innovation.

C'est ainsi que, dĂšs 1991, dans le prolongement de notre expĂ©rience du dĂ©veloppement de systĂšmes Ă  base de connaissances, nous proposions le concept de « capitalisation des connaissances de l’entreprise » dont nous donnions la dĂ©finition suivante : « Capitaliser les connaissances de l'entreprise c'est considĂ©rer les connaissances utilisĂ©es et produites par l'entreprise comme un ensemble de richesses constituant un capital, et en tirer des intĂ©rĂȘts contribuant Ă  augmenter la valeur de ce capital » [Grundstein, 95].

Dans le mĂȘme temps d’autre initiatives se dĂ©veloppaient. Ainsi, dĂ©s 1990, le projet IMKA7 (Initiative for Managing Knowledge Assets) dĂ©finissait la notion de capital de connaissances : « Knowledge assets are (defined as) those assets that are primary in the minds of company's employees. They include design experience, engineering skills, financial analysis skills, and competitive knowledge » [IMKA, 90]. Dans les pays anglo- saxons, le concept de Management des connaissances s'est dĂ©veloppĂ© Ă  partir de 1994 et c'est en 1996 que ce concept a commencĂ© Ă  se concrĂ©tiser, notamment par la nomination des premiers cadres chargĂ©s de mettre en Ɠuvre leur vision du Management des connaissances.

Tom Stewart, dans un l'article de Fortune [Stewart, 91] avertissait pour la premiÚre fois les compagnies en leur conseillant de se focaliser davantage sur leurs connaissances que sur leurs biens matériels: « Intellectual capital is becoming corporate America's most valuable asset and can be its sharpest competitive weapon. The challenge is to find what you have - and use it. »

Depuis, Peter Drucker a identifier les savoirs comme la base nouvelle de compétitivité dans la société post- capitaliste : « More and More, the productivity of knowledge is going to become, for a country, an industry, or a company, the determining competitiveness factor. In the matter of knowledge, no country, no one in industry, no one company has a 'natural' advantage or disadvantage. The only advantage that it can ensure to itself is to be able to draw more from the knowledge available to all than others are able to do. » [Drucker, 93].

En 1995, Nonaka et Takeuchi, publiaient un livre remarquable sur la formation des connaissances et son utilisation dans les entreprises japonaises : The Knowledge-Creating Compagny [Nonaka & Takeuchi, 95].
La mĂȘme annĂ©e Dorothy Leonard-Barton publiait une Ă©tude sur le rĂŽle des connaissances dans les entreprises de fabrication : Wellsprings of Knowledge [Leonard-Barton, 95]. De nombreux ouvrages sont sortis depuis.

Dans le courant de l'annĂ©e 1997 des postes de « responsable de la gestion des connaissances et du capital intellectuel » sont apparus dans de nombreuses firmes essentiellement anglo-saxonnes[Grundstein, 98]. En France, on peut aussi citer la sociĂ©tĂ© COFINOGA qui a créé, dĂšs le dĂ©but de l'annĂ©e 1999, un poste de Knowledge Manager et le Bureau VERITAS qui a fait apparaĂźtre une fonction de Knowledge Management dans son organigramme Ă  la fin de l’annĂ©e 1999. Bien d ’autres postes ont Ă©tĂ© créés en France depuis lors. Sans que cette dĂ©signation ne soit spĂ©cifiquement attribuĂ©e, de nombreuses sociĂ©tĂ©s, pour la plupart ayant une expĂ©rience dans le dĂ©veloppement et le dĂ©ploiement de systĂšmes Ă  base de connaissances, dĂ©veloppent des activitĂ©s dans ce domaine.

Encore faut-il convenir de la spĂ©cificitĂ© des connaissances utilisĂ©es et produites au sein de l’entreprise. Dans ce qui suit, aprĂšs avoir portĂ© notre regard sur les connaissances de l’entreprise, nous apportons un Ă©clairage sur la notion de compĂ©tence, nous montrons le rĂŽle des connaissances individuelles dans la crĂ©ation des connaissances organisationnelles et nous attirons l’attention sur le caractĂšre privĂ© de ces connaissances. Puis, une rĂ©flexion sur la formation des connaissances individuelles nous amĂšne Ă  nous interroger sur le caractĂšre objectivable de la connaissance. Enfin, nous reprenons les quatre modes de conversion des connaissances mis en lumiĂšre par Ikujiro Nonaka et Hirotaka Takeuchi [Nonaka & Takeuchi, 95].

Les deux catégories de connaissances de l'entreprise

Connaissance de l'entreprise

Savoir de l'entreprise

Connaissance explicites

Savoir-faire de l'entreprise

Connaissances tacites

Formalisées et spécialisées Explicables ou non adaptives
Données, procédures, modÚles, algorithmes, documents d'analyse et de synthÚse
 Connaissance des contextes décisionnels Talents, habiletés, tours de main , "secrets" de métiers, "routines",...

HétérogÚnes, incomplÚtes ou redondantes , Fortement marquées par les circonstances de leur création.

N'expriment pas le "non-dit" de ceux qui les ont formalisées

Acquises par la pratique.

Souvent transmises par apprentissage collectif implicite ou selon une logique « maßtre-apprenti »

Réparties Localisées

ReprĂ©sentatives de l'expĂ©rience et de la culture de l’entreprise. EmmagasinĂ©es dans les archives, les armoires, les systĂšmes informatisĂ©s, et les tĂȘtes des personne. EncapsulĂ©es dans les procĂ©dĂ©s, les produits et les services. CaractĂ©risent les capacitĂ©s d'Ă©tude, de rĂ©alisation, de vente, de support des produits et des services. Constituent et produisent la valeur ajoutĂ©e de ses processus organisationnels et de production

Source : Michel Grundstein, Adapté de Monterrey, 1994

Dans les entreprises, nous vivions avec l'assurance de posséder les savoirs, ou tout du moins de pouvoir les maßtriser au travers d'une gestion documentaire de plus en plus performante et intelligente.

Nous ne percevons l'importance des savoir-faire que depuis peu. Sous l'influence de la pression Ă©conomique, qui se traduit par la compression des effectifs, la mobilitĂ© des personnes, l'accĂ©lĂ©ration des dĂ©parts en retraite anticipĂ©e, on se rend compte que les savoirs, tout aussi dĂ©taillĂ©s puissent-il ĂȘtre dans les procĂ©dures et les documents, ne sont pas suffisants : des tĂąches que nous savions exĂ©cuter dans des conditions prĂ©cises de sĂ»retĂ©, de qualitĂ©, de rentabilitĂ©, ne sont pas directement exĂ©cutables, dans les mĂȘmes conditions, par des novices uniquement outillĂ©s par ces procĂ©dures et ces documents.

DĂšs Ă  prĂ©sent, l'ingĂ©nierie des connaissances et les technologies de l'intelligence artificielle, de l’information et de la communication, fournissent les instruments permettant d'aller plus loin en formalisant davantage de savoir-faire, en favorisant une plus grande distribution des savoirs ainsi consolidĂ©s, en suscitant des Ă©changes non structurĂ©s d’informations numĂ©riques (texte, voix, images) et en rendant possible le partage de connaissances tacites au travers de travaux collaboratifs ne nĂ©cessitant plus d’unitĂ© de lieu.

Cependant, les savoir-faire sont difficiles Ă  localiser et ne sont pas toujours formalisables. L'apprentissage, bien qu'il soit considĂ©rablement accĂ©lĂ©rĂ© par l’accĂšs aux savoirs et par les possibilitĂ©s nouvelles d’échange et de partage des connaissances, reste nĂ©cessaire.

Ce regard portĂ© sur les connaissances de l'entreprise met en lumiĂšre l'importance des connaissances tacites. Il montre l'intĂ©rĂȘt de favoriser : d’une part, l’échange et le partage de ces connaissances ; d’autre part, la transformation de ces connaissances en connaissances explicites et d'Ă©largir ainsi le champ des connaissances susceptibles d'ĂȘtre gĂ©rĂ© par des rĂšgles de propriĂ©tĂ© industrielle. Il suscite trois observations : la premiĂšre concerne la notion de compĂ©tence, la deuxiĂšme porte sur la dimension privĂ©e des connaissances individuelles, la derniĂšre, partant d’une rĂ©flexion sur la formation des connaissances tacites, amĂšne Ă  penser que la connaissance n’est pas objectivable.

3.2. La notion de compétence

Une premiĂšre observation conduit Ă  diffĂ©rencier la notion de compĂ©tence de la notion de savoir-faire. En effet, parler des savoirs et des savoir-faire utilisĂ©s et produits par l'entreprise ne prĂ©juge pas de la façon dont ces connaissances sont mises en Ɠuvre au quotidien, dans des situations opĂ©rationnelles soumises Ă  des contraintes techniques, Ă©conomiques et psychosociologiques. De ce point de vue, on peut Ă©voquer la notion de compĂ©tence comme la capacitĂ© des personnes Ă  mettre en Ɠuvre les savoirs et els savoir-faire constitutifs des connaissances de l'entreprise dans des conditions de travail contraintes donnĂ©es : le poste de travail, un rĂŽle dĂ©terminĂ©, une mission spĂ©cifique.

Ainsi la compĂ©tence se rĂ©alise dans l'action : c'est un processus qui, au-delĂ  des savoirs et des savoir-faire, fait appel aux comportements des personnes, Ă  leur savoir ĂȘtre, Ă  leurs attitudes Ă©thiques [Grundstein, 95]. Cependant, s’agissant de l’entreprise, la notion de compĂ©tence devient ambiguĂ« selon que l’on parle de compĂ©tences collectives ou de compĂ©tences individuelles. Parmi de nombreux auteurs citons Manfred Mark pour ce qui concerne la construction des compĂ©tences collectives [Mark, 97] et Guy Le Boterf pour ce qui concerne la construction des compĂ©tences individuelles [Le Boterf, 94].

3.3. La dimension privée et la dimension collective des connaissances individuelles

La deuxiĂšme observation porte sur les connaissances individuelles. Si l’on considĂšre les «savoir-faire de l’entreprise », on peut penser qu’ils reposent strictement sur des connaissances individuelles. NĂ©anmoins, certaines connaissances individuelles ont une dimension collective qui se traduit par des compĂ©tences et des logiques d'action spĂ©cifiques de l'entreprise. Cette observation conduit Ă  nous interroger sur la dimension collective et la dimension privĂ©e des connaissances individuelles.

Nous reprenons ici la classification des connaissances de Michael Polanyi9. Partant du fait que nous pouvons connaĂźtre plus que nous pouvons dire – «we can know more than we can tell » -, il classe la connaissance humaine en deux catĂ©gories : « les connaissances explicites se rĂ©fĂšrent Ă  la connaissance qui peut ĂȘtre exprimĂ©e sous forme de mots, de dessins, d'autres moyens "articulĂ©s" notamment les mĂ©taphores ; les connaissances tacites sont les connaissances qui sont difficilement exprimables quelle que soit la forme du langage [Polanyi, 66] ». Ainsi, nous distinguerons (voir figure 2) : d’une part, les connaissances individuelles explicites, articulĂ©es ou formalisĂ©es ; d’autre part, les connaissances individuelles tacites, celles dont la personne a conscience ou non de possĂ©der.

Comme le souligne Philippe Baumard : « C'est ainsi que la personne peut savoir plus qu'elle ne peut exprimer ou savoir plus qu'elle ne veut dire » [Baumard, 96].

Dimension privée et dimension collective des connaissances individuelles

Les «connaissances individuelles explicites » s’expriment sous forme de discours, de mĂ©taphores, d'analogies, de reprĂ©sentations schĂ©matiques ; ou se matĂ©rialisent sous forme de notes personnelles, consignĂ©es sur des feuilles volantes, des carnets de notes, des aides mĂ©moires, des Ă©bauches de documents divers structurĂ©s ou non, des fichiers informatiques privĂ©s.

Les «connaissances individuelles tacites » se manifestent dans des talents, des habilitĂ©s, des tours de main individuels, des croyances et des comportements partagĂ©s (traditions, communautĂ© d’intĂ©rĂȘts et de pratiques, connivence, pensĂ©e unique,
).

Dans l'action, la part des «connaissances individuelles », utilisĂ©e et mise en Ɠuvre auquotidien, combinĂ©e aux savoirs de l’entreprise, caractĂ©rise les compĂ©tences qui permettent Ă  un groupe de personnes de rĂ©aliser des tĂąches complexes et propres Ă  l'organisation. Ces connaissances sont d'autant plus difficiles Ă  identifier qu’elles rĂ©sultent d’un apprentissage collectif et sont produites par un ensemble de personnes rompues Ă  travailler ensemble et Ă  accomplir des tĂąches collectives et spĂ©cialisĂ©es.

Non visible au plan de l'entreprise, mais nĂ©anmoins utilisĂ©e et mise en Ɠuvre au profit del'entreprise, cette part des «connaissances individuelles » entre dans la catĂ©gorie des «savoir-faire de l'entreprise ». Cependant, si la part des connaissances individuelles acquises par interaction avec un groupe de personnes au sein de l’entreprise a une dimension collective, dans la mesure ou ces connaissances individuelles ne sont pas formalisĂ©es et dissĂ©minĂ©es, elles conservent un caractĂšre privĂ©.

3.4. La formation des connaissances tacites

La derniĂšre observation porte sur la formation de la connaissance tacite. Elle est fondĂ©e sur les thĂ©ories du professeur Shigehisa Tsuchiya 10 concernant la crĂ©ation de la connaissance organisationnelle. De son point de vue, bien que les termes donnĂ©e, information et connaissance soient souvent utilisĂ©s indistinctement, il existe une distinction claire entre ces termes : « Although terms “datum”, “information”, and “knowledge” are often used interchangeably, there exists a clear distinction among them. When datum is sense-given through interpretative framework, it becomes information, and when information is sense-read through interpretative framework, it becomes knowledge. » [Tsuchiya, 93].

Le schéma présenté sur la figure 3 montre notre propre interprétation de ce point de vue : la connaissance tacite qui réside au sein de notre cerveau résulte du sens que nous donnons - au travers de nos schémas d'interprétation - aux données que nous percevons à partir des informations qui nous sont transmises.

Formation de la connaissance tacite

En d'autres termes, nous considĂ©rons que les connaissances n'existent que dans la rencontre d'un sujet avec une donnĂ©e. Ces connaissances individuelles sont des connaissances tacites, explicitables ou non, et peuvent ĂȘtre transformĂ©es ultĂ©rieurement en des connaissances collectives, car partagĂ©es avec d'autres personnes. Le professeur Shigehisa Tsuchiya met l’accent sur la façon dont la connaissance organisationnelle (la connaissance collective), est crĂ©e au travers du dialogue.

Pour qu’il y ait crĂ©ation des connaissances organisationnelles, indispensables Ă  la dĂ©cision et l’action, il est nĂ©cessaire que les schĂ©mas d’interprĂ©tation de chacun des membres de l’organisation possĂšdent un minimum de reprĂ©sentation commune qu’il appelle «commensurabilitĂ© ».  Nous paraphrasons ici sa pensĂ©e : « La source originelle de la connaissance organisationnelle est la connaissance tacite individuelle des membres de l’organisation. Cependant, la connaissance organisationnelle n’est pas que le rassemblement de ces connaissances individuelles. La connaissance des personnes doit ĂȘtre articulĂ©e, partagĂ©e et lĂ©gitimĂ©e avant de devenir une connaissance organisationnelle.

La connaissance individuelle est partagĂ©e au travers du dialogue. Etant donnĂ© que la connaissance est surtout tacite, elle doit d’abord ĂȘtre articulĂ©e et exprimĂ©e dans le langage au sens gĂ©nĂ©ral. Ensuite, la connaissance individuelle articulĂ©e, qui est de l’information pour les autres personnes, a besoin d’ĂȘtre communiquĂ©e parmi les membres de l’organisation. Il est important de distinguer clairement entre le partage d’informations et le partage de connaissances.

L’information ne devient connaissance que lorsqu’elle est comprise par le schĂ©ma d’interprĂ©tation du receveur qui lui donne un sens (sense-read). Toute information inconsistante avec ce schĂ©ma d’interprĂ©tation n’est pas perçue dans la plupart des cas. Ainsi, la «commensurabilitĂ© » des schĂ©mas d’interprĂ©tations des membres de l’organisation est indispensable pour que les connaissances individuelles soient partagĂ©es. » [Tsuchiya, 93].

En rĂ©sumĂ©, on peut dire que la connaissance existe dans l’interaction entre une personne et une donnĂ©e. Cette connaissance individuelle est tacite. Elle peut ou ne peut pas ĂȘtre exprimable. Elle devient collective quand elle est partagĂ©e avec d’autres personnes si les schĂ©mas d’interprĂ©tation de chacune d’entre elles sont commensurables, c’est-Ă -dire permettent un minimum d’interprĂ©tation de sens, commun Ă  tous les membres de l’organisation.

Ainsi, nous sommes amenĂ©s Ă  penser que la connaissance n’est pas objectivable. Cette idĂ©e est apparemment contradictoire avec l’idĂ©e de connaissances objectivables portĂ©e par l’ingĂ©nierie des connaissances qui conduit Ă  des techniques et des mĂ©thodes de modĂ©lisation et de reprĂ©sentation des connaissances. Cependant pour les applications de ce champ de recherche, implantĂ©es sous forme de systĂšmes informatiques, on peut dire que ces rĂ©alisations sont des projections codĂ©es de la connaissance acquise, formalisĂ©e et reprĂ©sentĂ©e. Ces projections par nature rĂ©ductrices, ne sont que des informations sources de connaissances pour l’individu ou l’artefact capable de les interprĂ©ter.

 

3.5. Les quatre modes de conversion des connaissances

Le regard portĂ© sur les connaissances de l’entreprise dans les paragraphes prĂ©cĂ©dents se retrouve chez Ikujiro Nonaka et Hirotaka Takeuchi, deux auteurs japonais qui, se rĂ©fĂ©rant Ă  Michael Polanyi, distinguent deux types

de connaissances, les connaissances explicites et les connaissances tacites : « Les connaissances explicites se rĂ©sument Ă  ce qui est chiffrable, intelligible, directement comprĂ©hensible et exprimable par chaque individu dans l’organisation. Les connaissances tacites, communĂ©ment appelĂ©es savoir-faire, sont propres Ă  chaque individu ; elles sont constituĂ©es, d’une part, de son expertise technique informelle et, d autre part, de ses croyances et aspirations personnelles considĂ©rĂ©es par les auteurs comme une forme particuliĂšre des connaissances. » [Nonaka & Takeuchi, 95]. Compte tenu de cette double nature des connaissances, Ikujiro Nonaka et Hirotaka Takeuchi dĂ©crivent notamment quatre modes de conversion de la connaissance au sein d’une organisation (voir figure 4) :

Les quatre modes de conversion de la connaissance

(d'aprĂšs Ikujiro nonaka et Hirotaka Takeuchi)

 

  Connaissance Tacite Connaissance Explicite
Connaissance Tacite Socialisation Extériorisation
Connaissance Explicite Intériorisation Combinaison

 

  1. 1. Du tacite au tacite, c'est la socialisation (socialization) oĂč les connaissances tacites des uns (notamment celui du maĂźtre) sont transmises directement aux autres (notamment Ă  l'apprenti) sous forme de connaissances tacites, par l'observation, l'imitation et la pratique. Au cours de ce processus aucun des protagonistes n'explicite son art pour le rendre directement accessible Ă  tous. Ces connaissances ne pourront donc pas ĂȘtre exploitĂ©es au niveau collectif de l'entreprise.
  2. Du tacite Ă  l’explicite, c’est l’extĂ©riorisation (externalization) oĂč l’individu essaie d’expliquer son art et de convertir son expĂ©rience en connaissances explicites.
  3.  De l’explicite Ă  l’explicite, c’est la combinaison (combination ) oĂč l’individu combine divers Ă©lĂ©ments de connaissances explicites pour constituer de nouvelles connaissances, explicites elles aussi.
  4. De l'explicite au tacite, c'est l'intĂ©riorisation (internalization) oĂč, peu Ă  peu, les connaissances explicites diffusĂ©es dans l'organisation sont assimilĂ©es par le personnel. Ces nouvelles connaissances viennent complĂ©ter la somme des connaissances dont dispose l'individu. Elles sont intĂ©riorisĂ©es et deviennent partie intĂ©grante de chacun. Les connaissances explicites deviennent tacites.

Pour Ikujiro Nonaka et Hirotaka Takeuchi «les connaissances explicites peuvent ĂȘtre facilement exprimĂ©es dans des documents mais sont moins susceptibles de dĂ©boucher sur une innovation majeure que les connaissances tacites, c'est-Ă -dire les connaissances acquises par l'expĂ©rience et difficilement exprimables, qui sont Ă  la source du processus d'innovation. ».

4. La problĂ©matique de capitalisation des connaissances de l’entreprise

Aujourd’hui les concepts de « capitalisation des connaissances » et de « management des connaissances » sont divulguĂ©s au travers de nombreuses publications, de forums et de congrĂšs au point que la question se pose de savoir si ce n’est pas une nouvelle mode managĂ©riale appelĂ©e Ă  gĂ©nĂ©rer un renouvellement de l’offre de conseils, de produits et de services, qui risque de se rĂ©vĂ©ler bien en deçà des espoirs qu’elle aura suscitĂ©s. Dans ce qui suit, nous nous proposons de poser la problĂ©matique, indĂ©pendamment des diffĂ©rent courants d’influence qui contribuent Ă  la propagation de ces concepts. Cette problĂ©matique est caractĂ©risĂ©e par cinq facettes et leurs interactions, reprĂ©sentĂ©es sur la figure 5 .

 

Trois dimensions du management entre point de vue structurel, socioculturel et technologique

4.1. Les facettes de la problĂ©matique de capitalisation des connaissances de l’entreprise

Les 5 facettes de la problématique

La premiĂšre facette de la problĂ©matique concerne les problĂšmes liĂ©s au repĂ©rage des connaissances cruciales, c'est-Ă -dire les savoirs (connaissances explicites) et les savoir-faire (connaissances tacites) qui sont nĂ©cessaires aux processus de dĂ©cision et au dĂ©roulement des processus essentiels qui constituent le cƓur des activitĂ©s de l'entreprise : il faut les identifier, les localiser, les caractĂ©riser, en faire des cartographies, estimer leur valeur Ă©conomique et les hiĂ©rarchiser.

La deuxiÚme facette de la problématique concerne les problÚmes liés à la préservation des connaissances : il faut les acquérir auprÚs des porteurs de connaissances, les modéliser, les formaliser et les conserver.

La troisiÚme facette de la problématique concerne les problÚmes liés à la valorisation des connaissances : il faut les mettre au service du développement et de l'expansion de l'entreprise c'est-à-dire les rendre accessibles selon certaines rÚgles de confidentialité et de sécurité, les diffuser, les partager, les exploiter, les combiner et créer des connaissances nouvelles.

La quatriĂšme facette de la problĂ©matique concerne les problĂšmes liĂ©s Ă  l’actualisation des connaissances : il faut les Ă©valuer, les mettre Ă  jour, les standardiser et les enrichir au fur et Ă  mesure des retours d'expĂ©riences, de la crĂ©ation de connaissances nouvelles et de l'apport de connaissances externes.

La cinquiĂšme facette de la problĂ©matique concerne les interactions entre les diffĂ©rents problĂšmes mentionnĂ©s prĂ©cĂ©demment. C’est lĂ  que se positionne le management des activitĂ©s et des processus destinĂ©s Ă  amplifier l’utilisation et la crĂ©ation des connaissances dans les organisations, communĂ©ment appelĂ© “ Management des connaissances ” dans de nombreuses publications.

En fait, l’expression “ Management des connaissances ” couvre “ toutes les actions managĂ©riales visant Ă  rĂ©pondre Ă  la problĂ©matique de capitalisation des connaissances dans son ensemble” : il faut aligner le management des connaissances sur les orientations stratĂ©giques de l’organisation ; mobiliser tous les acteurs de l’organisation, les sensibiliser, les former, les encourager et les motiver ; organiser et piloter les activitĂ©s et les processus spĂ©cifiques conduisant vers plus de maĂźtrise des connaissances ; susciter la mise en place des conditions favorables au travail coopĂ©ratif et encourager le partage des connaissances; Ă©laborer des indicateurs permettant d’assurer le suivi et la coordination des actions engagĂ©es, de mesurer les rĂ©sultats et de dĂ©terminer la pertinence et les impacts de ces actions .

En rĂ©sumĂ©, "Capitaliser les connaissances de l'entreprise" consiste Ă  repĂ©rer ses connaissances cruciales, Ă  les prĂ©server et les pĂ©renniser tout en faisant en sorte qu’elles soient partagĂ©es et utilisĂ©es par le plus grand nombre au profit de l’augmentation de richesse de l’entreprise ". En fait il s'agit de renforcer tout ce qui - au delĂ  des tĂąches rĂ©pĂ©titives et automatisables - peut amĂ©liorer les moyens de gestion des savoirs, permettre de formaliser des pans de savoir-faire et partager les connaissances non structurĂ©es.

Il ne s'agit pas de gérer les ressources humaines, c'est-à-dire de faire en sorte d'avoir à tout moment les personnes capables, à partir de leur savoir-faire et moyennant la mise à disposition des savoirs, de s'adapter aux situations et de faire face à leurs missions dans des conditions optimum. Ceci est du domaine de la gestion des compétences. Il ne s'agit pas non plus de réorganiser l'entreprise, d'optimiser ses processus, d'améliorer ses moyens de communication notamment son systÚme d'information.

Cela serait du domaine de l'organisation et de la gestion de l'entreprise. Il s'agit surtout d'apporter à chacun de ces objectifs, tous tendus vers des résultats de production soumis aux contraintes culturelles (valeurs, croyances), économiques et sociales, un facteur de création de richesse complémentaire et décisif : la maßtrise des savoirs et des savoir-faire.

4.2. La maĂźtrise des connaissances dans les entreprises

Le management des activitĂ©s et des processus permettant d’assurer la maĂźtrise des connaissances dans les entreprises, que nous dĂ©signons par la suite sous l’expression « Management des connaissances dans les entreprises », peut se dĂ©cliner sur trois plans : au plan des orientations stratĂ©giques et des programmes d’action ; au plan du pilotage opĂ©rationnel ; au plan du dĂ©ploiement des solutions.

1. Au plan des orientations stratĂ©giques et des programmes d’action, les questions sont orientĂ©es vers les problĂšmes liĂ©s Ă  la stratĂ©gie et aux orientations concernant le management des connaissances : Comment articuler le management des connaissances avec les orientations stratĂ©giques de l’entreprise ? Comment sensibiliser au management des connaissances ? Comment dĂ©finir le cadre et les axes d'actions ? Comment Ă©valuer l'Ă©tat de maturitĂ© de l'entreprise au plan de sa capacitĂ© Ă  mettre en Ɠuvre un programme de management des connaissances ? Quels sont les impacts prĂ©visibles ? Comment rĂ©unir les conditions favorables ? Quelles sont les activitĂ©s Ă  dĂ©velopper et promouvoir ? Quels indicateurs mettre en place ? Comment faire Ă©merger les structures organisationnelles nĂ©cessaires et attribuer les rĂŽles ? Comment crĂ©er et encourager les processus de changement conduisant vers plus de partage de connaissances ?

2. Au plan du pilotage opĂ©rationnel, les questions sont orientĂ©es vers les problĂšmes liĂ©s Ă  l’activation du cycle de capitalisation : Quels processus mettre en Ɠuvre pour actionner le cycle reprĂ©sentatif de la problĂ©matique ? Comment faciliter ces processus ? Comment s'y prendre, selon quelle dĂ©marche, avec quelles mĂ©thodes et quels outils ? Quelles applications dĂ©velopper ? Comment les dĂ©finir et les concevoir ? Comment choisir les technologies les plus adaptĂ©es ? Comment justifier l'investissement nĂ©cessaire ? Comment valider la valeur des connaissances ? Comment dĂ©finir le seuil de rentabilitĂ© ?

3. Au plan du dĂ©ploiement des solutions, les questions sont orientĂ©es vers les problĂšmes liĂ©s aux mĂ©thodes, Ă  l’infrastructure technologique, aux techniques et outils de gestion des connaissances : Quelles sont les technologies (mĂ©thodes, techniques et outils) pertinentes ? Comment mettre en Ɠuvre les solutions choisies?

4.3. Les trois dimensions du management des activitĂ©s et des processus de gestion des connaissances de l’entreprise

Tout en gardant Ă  l’esprit que l’organisation doit Ă©voluer d’elle-mĂȘme par amplification de sa propre diversitĂ©, en crĂ©ant de nouveaux schĂ©mas de pensĂ©es et de comportement, parler du management des activitĂ©s de gestion des connaissances de l’entreprise implique de considĂ©rer la problĂ©matique de capitalisation des connaissances sous trois points de vue complĂ©mentaires fortement imbriquĂ©s par leurs liens et leurs interactions (voir figure 6) :

1. Le point de vue structurel dont l'objet est l'entreprise : ses valeurs, sa structure, son mode de pilotage et de fonctionnement, ses critÚres économiques et financiers, ses compétences clés, ses processus à valeurs ajoutées, et les activités et processus de capitalisation des connaissances à promouvoir, organiser et développer.

2. Le point de vue socioculturel dont l'objet est le comportement des groupes et des personnes, acteurs de la capitalisation des connaissances au sein de l'entreprise : leurs besoins, leurs pouvoirs, leurs zones d'autonomie, leurs responsabilités, leurs compétences, leurs modes de rémunération, leur culture professionnelle, leur éthique et leurs valeurs.

3. Le point de vue technologique dont l'objet est l'ensemble des savoirs, des techniques, des mĂ©thodes et des outils qui apportent les supports nĂ©cessaires Ă  la mise en Ɠuvre des activitĂ©s et au dĂ©roulement des processus de capitalisation des connaissances.

5. Les perspectives du management des connaissances dans les entreprises

Les savoirs de l’entreprise, connaissances explicites formalisĂ©es et dissĂ©minĂ©es, reprĂ©sentent le champ des connaissances susceptibles d’ĂȘtre gĂ©rĂ©es par des rĂšgles de propriĂ©tĂ© industrielle. En tant que tels ils constituent des Ă©lĂ©ments tangibles, indĂ©pendants des personnes, objets nĂ©gociables dans le cadre des transferts de connaissances. Ces savoirs de l’entreprise sont le fruit des processus de conversion des connaissances mis en lumiĂšre par Ikujiro Nonaka et Hirotaka Takeuchi [Nonaka & Takeuchi, 95].

Ils sont le rĂ©sultat d’une suite d’opĂ©rations qui, partant de la dimension privĂ©e et non formalisĂ©e des connaissances individuelles, dĂ©termine la dimension collective des connaissances de l’entreprise. Sous peine d’ĂȘtre fossilisĂ©s et perdre toute valeur d’usage, ces savoirs doivent ĂȘtre revitalisĂ©s en permanence.

 

5.1.   L’axe de progrùs

C’est ce processus global qu’il s’agit de renforcer, selon un axe de progrĂšs (voir figure 7) favorisant la production de connaissances individuelles et leur passage de leur Ă©tat «non formalisĂ© et privĂ© » Ă  un Ă©tat «formalisĂ© et dissĂ©minĂ© », selon la spirale de conversion de Nonaka et Takeuchi. L’axe de progrĂšs indique une direction qui vise Ă  accroĂźtre les connaissances structurĂ©es, gage de pĂ©rennitĂ© Ă  long terme.

De plus, il place la problĂ©matique de capitalisation des connaissances dans une perspective dynamique qui met en synergie les Ă©changes de connaissances non-structurĂ©es qui s’opĂšrent dans les processus de socialisation, et l’accĂšs aux connaissances structurĂ©es qui se construisent dans les processus de combinaison.

C’est cette synergie qui est le facteur de crĂ©ation de la valeur ajoutĂ©e par les connaissances aux processus finalisĂ©s de l’entreprise

 

Axe du progrÚs entre formalisées et Disséminées

5.2. Les quatre orientations souhaitables

L’axe de progrĂšs que nous venons d’énoncer suppose d’articuler les efforts de management des activitĂ©s de gestion des connaissances de l’entreprise selon quatre grandes orientations. Ces orientations sont dĂ©crites ci- dessous :

1. Mettre en place les conditions favorisant les processus de production, de formalisation et de dissémination des savoir-faire
Il s’agit de mettre en lumiĂšre l’importance de la crĂ©ation active de connaissances dans une organisation : il faut encourager un apprentissage organisationnel systĂ©matique c’est-Ă -dire favoriser les processus organisationnels permettant d’amplifier les connaissances individuelles et de les cristalliser au niveau collectif au travers du dialogue, des discussions, du partage d’expĂ©rience, de l’observation ; il faut favoriser les interactions et le travail en rĂ©seau ; il faut repĂ©rer les connaissances cruciales, les prĂ©server, les valoriser et les actualiser.

2. Promouvoir et développer des actions de revitalisation des savoirs fossilisés
Au-delĂ  des savoirs activĂ©s au quotidien par l’usage qui en est fait il ne faut pas nĂ©gliger les connaissances enfouies (text-mining, data-mining and knowledge discovery, information search and retrievial, intelligent agents, modĂšles de visualisation et de prĂ©sentation des informations,...) ; il faut encourager le retour d’expĂ©rience (REX, Raisonnement Ă  base de cas,...) ; il faut organiser la mĂ©moire d’entreprise (Livre de connaissances [Ermine, 96], SystĂšmes Ă  Base de Connaissances [Schreiber et al, 00] , EntrepĂŽts de donnĂ©es,...).

3. Renforcer les moyens de gestion des savoirs
Il s'agit de renforcer - au-delĂ  des tĂąches rĂ©pĂ©titives et automatisables - tout ce qui peut amĂ©liorer les moyens de gestion des savoirs (logiciels d’aide Ă  la dĂ©cision, logiciels de gestion des compĂ©tences, systĂšmes de gestion des meilleures pratiques, GED,
) et permettre de formaliser des pans de savoir-faire (ingĂ©nierie des connaissances et mĂ©thodes et techniques associĂ©es [Aussenac et al, 96] [Charlet et al, 00] ).

4. Exploiter les potentiels des nouvelles technologies de l’information et de la communication
Il s’agit de dĂ©velopper les Ă©changes de savoir-faire, de crĂ©er des communautĂ©s de pratiques en utilisant les potentiels apportĂ©s par les nouvelles technologies de l’information et de la communication (Intranet, Groupware,
), et d’inventer de nouvelles forme de compagnonnage au travers des rĂ©seaux Ă©lectroniques.

5.4. Les approches complémentaires et convergentes

Il faut insister sur le fait que la capitalisation des connaissances est une problématique permanente, omniprésente dans les activités de chacun, qui devrait notamment imprégner de plus en plus la fonction de management. Cela peut se traduire sous trois formes :

1. La problĂ©matique peut ĂȘtre traitĂ©e au plan stratĂ©gique et dĂ©cisionnel et devenir l'objet d'une fonction spĂ©cifique de l'entreprise ou de l'une de ses entitĂ©s. On parlera alors d'une fonction de Management du Capital Intellectuel [Edvinsson & Malone, 97] ou d'une fonction de Gestion des Connaissances de l'Entreprise : c'est une approche "top-down" prĂ©conisĂ©e par certains auteurs [Wiig, 92], [Van der Spek, 93].

Cette approche est mise en Ɠuvre dans quelques entreprises oĂč la fonction de Directeur du Capital Intellectuel oude Directeur de la Gestion des Connaissances a Ă©tĂ© créée (SKANDIA AFS, DOW CHEMICAL COMPANY, MONSANTO COMPANY) [ICM, 97] [Grundstein & Malhotra, 98].

2. La problématique est prise en charge par l'encadrement intermédiaire, acteurs qui mettent en relation les orientations stratégiques de la direction générale avec l'expérience pratique du terrain et favorisent, voire catalysent, les processus d'innovation et de capitalisation des connaissances : c'est l'approche "Middle-up-down Management" préconisée par Ikujiro Nonaka et Hirotaka Takeuchi.

De leur point de vue, dans les entreprises fondées sur les connaissances, c'est à ce niveau d'encadrement que la connaissance tacite, détenue à la fois par les acteurs de terrains et les cadres dirigeants est synthétisée, explicitée, et incorporée dans des technologies et des produits nouveaux. Ainsi, les cadres intermédiaires seraient les véritables ingénieurs de la connaissance [Nonaka & Takeuchi, 95].

3. La problématique peut se réduire au plan opérationnel à un objectif spécifique qui vient se greffer aux objectifs directement opératoires de projets de réalisations industrielles. On parlera alors de fonctionnalités de capitalisation des connaissances : c'est l'approche représentée sur la figure 8.

Schéma entre les objectifs, la démarche de gameth et les solutions

Dans cette approche, une premiĂšre Ă©tape consiste Ă  s’assurer de l’opportunitĂ© de capitaliser sur les connaissances mises en Ɠuvre dans le projet considĂ©rĂ©. C’est la dĂ©marche GAMETH(Global Analysis METHodology). Cette dĂ©marche se situe dans le prolongement du projet CORPUS12 dĂ©veloppĂ© chez Framatome de 1991 Ă  1996. GAMETH fournit un cadre directeur permettant de rĂ©aliser l’étude d’opportunitĂ©. Elle induit une dĂ©marche conduisant Ă  repĂ©rer, localiser et caractĂ©riser les connaissances cruciales pour le projet considĂ©rĂ©. Ce cadre prĂ©sente trois caractĂ©ristiques essentielles qui sont dĂ©crites ci-aprĂšs.

Les caractéristiques de GAMETH

GAMETH ne repose pas sur l'analyse stratĂ©gique des objectifs de l'entreprise. C’est une dĂ©marche fondĂ©e sur l'analyse des connaissances utiles aux activitĂ©s qui contribuent au bon dĂ©roulement des processus organisationnels et des processus de production mis en Ɠuvre pour satisfaire les missions de l'entreprise. La dĂ©marche est "dirigĂ©e par les problĂšmes". Elle se conduit indĂ©pendamment de toute anticipation de solution. Elle est centrĂ©e sur les processus finalisĂ©s de l'entreprise. Elle relie les connaissances Ă  l'action (on ne sĂ©pare pas les connaissances des activitĂ©s qui les utilisent). Elle repose sur une modĂ©lisation des processus par construction en commun.

 

Une démarche "dirigée par les problÚmes" indépendante de toute anticipation de solution

Habituellement, l'étude est dirigée par les solutions. La démarche s'appuie sur des besoins précis de connaissances exprimés a priori et on apporte une réponse en fonction des outils dont on dispose. En fait, on ne résout pas le problÚme générateur du besoin, on tente de trouver une solution au problÚme généré par la recherche d'un moyen répondant au mieux aux besoins exprimés.

Par exemple, on exprimera le besoin de conserver les connaissances d'un expert et, ayant en tĂȘte une solution type systĂšme expert, on se posera le problĂšme du choix de l'outil susceptible de supporter le codage de ces connaissances sans que la question de l'utilisation de ces connaissances, c'est-Ă -dire de l'identification des problĂšmes les nĂ©cessitant pour ĂȘtre rĂ©solus, ne soit abordĂ©e.

En fait, la condition essentielle du processus de dĂ©cision est d'aboutir Ă  l'Ă©noncĂ© d'un problĂšme bien posĂ©, c'est- Ă -dire comme le souligne Gilbert de Terssac "un problĂšme dont le caractĂšre crucial vient d'une estimation produite collectivement et d'une formulation estimĂ©e acceptable par toutes les parties" [Soubie & de Terssac, 91]. La dĂ©marche que nous proposons est orientĂ©e par ce point de vue. Elle se conduit indĂ©pendamment de toute anticipation de solution. Elle est caractĂ©risĂ©e par le fait qu'elle est dirigĂ©e par les problĂšmes et non par les solutions : on repĂšre les problĂšmes, on clarifie les besoins en connaissances qu'ils nĂ©cessitent pour ĂȘtre rĂ©solus en fonction des situations qui les gĂ©nĂšrent, on caractĂ©rise ces connaissances puis on dĂ©termine les solutions les plus adaptĂ©es aux situations gĂ©nĂ©ratrices des problĂšmes (procĂ©dures, modules de formation, systĂšmes Ă  base de connaissances, systĂšmes intelligents de documentation, hypermĂ©dia, etc.).

Une démarche, centrée sur les processus, qui relie les connaissances à l'action

La démarche est fondée sur le postulat que la connaissance n'est pas objectivable. En d'autres termes nous considérons que les connaissances n'existent que dans la rencontre d'un sujet avec une donnée. Cela conduit à s'intéresser aux connaissances liées aux activités des acteurs-décideurs, engagés dans les processus finalisés de l'entreprise (processus de production et de fonctionnement). PlutÎt que de s'intéresser aux connaissances dans l'absolu, la démarche est centrée sur les connaissances directement liées aux activités qui contribuent au déroulement des processus sensibles, c'est-à-dire les processus qui présentent un enjeu reconnu collectivement.

Une démarche qui repose sur une modélisation des processus par construction en commun.

La démarche de modélisation des processus, induite par GAMETH, est comparable à la démarche de construction des systÚmes à base de connaissances envisagée comme «un effort de coopération pour construire en commun un objet inconnu » [Grundstein, 94]. Elle est issue du constat que les processus décrits dans les nombreuses procédures définissant les rÚgles d'action et les modes opératoires, diffÚrent fréquemment des processus réels vécus par les acteurs. Elle consiste à construire la représentation des processus à partir des connaissances partielles qu'en ont les acteurs au travers des activités réelles qu'ils sont amenés à exercer. Tout au long du déroulement de l'étude, les problÚmes rencontrés donnent lieu à l'identification des liens informels de communication entre acteurs, non décrits dans les documents, et au repérage des connaissances nécessaires à la résolution de ces problÚmes.

La dĂ©marche GAMETH a donnĂ© naissance Ă  une dĂ©marche instrumentĂ©e dĂ©veloppĂ©e par la sociĂ©tĂ© de service Actionel (devenue Salustro Reydel Management). Elle est l’objet d’une recherche menĂ©e par le groupe de recherche SIGECAD [Pachulski et al, 00].

5.3. Les domaines de recherche

La recherche s’effectue dans deux domaines complĂ©mentaires : un domaine de recherche Ă  dominante socio- Ă©conomique et un domaine de recherche Ă  dominante technologique. A titre d’exemple, nous pouvons citer les axes de recherche suivants :

Domaine de recherche à dominante socio-économique

‱ Capital Intellectuel
-> Leif Edvinsson, Michael S. Malone: Intellectual capital. HarperBusiness, New York, 1997. Christian Pierrat, Bernard Martory: La gestion de l'immatériel. Editions Nathan, Paris 1996.
Réflexions sur le Capital humain, le Capital structurel (organisationnel, Procédé, Innovation), le Capital client.
‱ Capital social
Thomas H. Davenport, Laurence Prusak : Working Knowledge. How Organizations Manage What They Know. Harvard Business School Press, Boston, 1998.
-> RĂ©flexion sur les structures sociales informelles qui met en exergue l’importance des contacts et de la confiance (connections and trust)

-> Réflexions sur les Communautés de pratique (Etienne Wenger Knowledge Directions The Journal of The Institute for Knowledge Management Vol 1, Fall 1999) qui préconise de tracer le graphique des liens de communication entre les personne engagées dans les processus afin de déterminer les communautés de pratiques et leur fournir les conditions de leur épanouissement (temps, espace de rencontre, logiciels de communication,
);
‱ Entreprise apprenante
-> Manfred Mack [Mark, 97]; Argyris C. & Schön D. : Organizational Learning, a theory of action perspective. Reading Mass, 1978.
‱ Management des activitĂ©s et des processus pour le partage des connaissances
-> Association ECRIN, Action « Capitalisation Technologique et Redéploiement des Connaissances », Groupe
« Management des connaissances ».

Domaine de recherche Ă  dominante technologique (Science cognitive, Intelligence artificielle et IngĂ©nierie des connaissances, IngĂ©nierie des systĂšmes d’information):
‱ Gestion des documents
-> GED, text mining, outils de visualisation, agents intelligents, outils de recherche et d’indexation.
‱ MĂ©moire d ’entreprise
-> Club CRIN « IngĂ©nierie du Traitement de l ’Information » Groupe « Outils et mĂ©thodes pour la mĂ©moire d ’entreprise » (REX, Knowledge data wharehousing, logiciels d’aide Ă  la dĂ©cision)
‱ Postes de travail des « Knowledge Workers »
-> Projet ESPRIT 28678 Knowledge Desktop Environment (KDE) Bureau Veritas, Eutech (filiale de ICI), UniversitĂ© d ’Amsterdam (Joost Breuker CommonKADS), TXT (sociĂ©tĂ© d’ingĂ©nierie italienne) et Intrasoft (sociĂ©tĂ© d’ingĂ©nierie grecque).
-> LAMSADE Paris-Dauphine Groupe de recherche SIGECAD orientĂ© sur l’aide Ă  la dĂ©cision et le poste de travail de l’acteur-dĂ©cideur.

 

6. Vers un systÚme d'information numérique centré sur l'acteur- décideur à son poste de travail

 

La capitalisation des connaissances est une problĂ©matique permanente, omniprĂ©sente dans les activitĂ©s de chaque employĂ© : il faut accĂ©lĂ©rer les processus de dĂ©cision et en amĂ©liorer le fondement ; il faut rendre la personne plus performante dans l’exercice de ses activitĂ©s, lui permettre d’acquĂ©rir de nouveaux savoir-faire, de maintenir et d’élever son niveau de compĂ©tence ; il faut favoriser son autonomie et la rendre plus mobile et plus apte Ă  affronter les fluctuations engendrĂ©es par les contraintes Ă©conomiques.

Cela implique de mettre en place un systĂšme d’information numĂ©rique ouvert et adaptatif, qui donne Ă  chaque acteur, Ă  son poste de travail, les moyens de fournir, de recevoir, d’accĂ©der et de partager «la plus large variĂ©tĂ© d’informations qu’il juge nĂ©cessaires et ce le plus rapidement possible». Ainsi nos recherches ont conduit Ă  distinguer trois natures de d'informations et Ă  Ă©laborer une vision du systĂšme d’information numĂ©rique centrĂ© sur l’acteur-dĂ©cideur Ă  son poste de travail informatisĂ© [Grundstein & Rosenthal-Sabroux, 99].

6.1. Les diffĂ©rentes natures de l’information

Notre rĂ©flexion sur la capitalisation des connaissances, notamment le postulat d’une connaissance non objectivable, nous a amenĂ© Ă  distinguer trois natures d’informations : les informations circulantes, les informations sources de connaissances, les informations partagĂ©es.

1. Les « informations circulantes »

Les « informations circulantes » constituent le flux d’informations qui statuent sur l’état des processus de production et de fonctionnement de l’entreprise. Si le systĂšme d’information numĂ©rique est, en soi, le systĂšme de production de l’entreprise, par exemple le systĂšme d’information numĂ©rique d’une banque, les informations circulantes statuent sur l’état du matĂ©riau informationnel Ă  transformer et sur l’état du module du systĂšme d’information numĂ©rique qui procĂšde cette transformation. Si le systĂšme de production de l’entreprise concerne des matĂ©riaux physiques, les informations circulantes statuent sur l’état du matĂ©riau avant et aprĂšs la transformation et fournit aussi des informations sur tout l’environnement qui permet cette transformation.

2. Les « informations sources de connaissances »

Les « informations sources de connaissances » sont, notamment, le rĂ©sultat d’une dĂ©marche d’ingĂ©nierie des connaissances, qui propose des techniques et des outils d’acquisition et de reprĂ©sentation des connaissances : les connaissances, encapsulĂ©es dans des logiciels capables de les restituer ensuite sous la forme d’informations directement comprĂ©hensibles par les personnes, deviennent ainsi accessibles et manipulables.

On est alors conduit Ă  intĂ©grer dans le systĂšme d’information numĂ©rique, des modules spĂ©cifiques appelĂ©s « systĂšmes d’informations sources de connaissances » qui font directement appel dans leur conception et les techniques mises en Ɠuvre aux rĂ©sultats issus de la nouvelle orientation des recherches en ingĂ©nierie des connaissances [Aussenac-Gilles et al., 96] [Charlet et al, 00].

3. Les « informations partagées »

Nous appelons « informations partagĂ©es » les informations traitĂ©es par les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Ces technologies provoquent une rupture avec les technologies antĂ©rieures, rupture liĂ©e au rapport de l’homme Ă  l’espace, au temps et Ă  la capacitĂ© d’ubiquitĂ© qui font passer du monde physique au monde virtuel et de la manipulation d’objets concrets Ă  la manipulation d’objet abstraits.

Le transfert instantanĂ© de documents numĂ©riques multimĂ©dia qui intĂšgrent du texte, des images et du son, la possibilitĂ© d’échange asynchrone d’informations qui transforme notre rapport au temps et Ă  l’espace, les confĂ©rences Ă©lectroniques qui nous permettent d’ĂȘtre au mĂȘme instant Ă  des endroits diffĂ©rents, engendrent une transformation de nos comportements au travail : ils accĂ©lĂšrent l’édition et la diffusion des documents, ils apportent un soutien au travail en groupe, ils modifient nos modes de communication et surtout, ils dĂ©multiplient au travers du dialogue la transmission et le partage des connaissances tacites qui, jusqu’à prĂ©sent, s’opĂ©raient de personne Ă  personne sur le mode du compagnonnage. En un mot, ils gĂ©nĂšrent des processus d’échange d’information et de partage de connaissances en temps rĂ©el, inimaginables avec les technologies antĂ©rieures. Nous appelons « informations partagĂ©es » les informations traitĂ©es par ces technologies.

6.2. L'acteur et le systÚme d'information numérique

Notre recherche s’appuie trĂšs largement sur une acception du terme connaissance qui ne dissocie pas la personne des processus mĂ©tiers dans lesquels elle se trouve engagĂ©e, des actions qu’elle mĂšne, des dĂ©cisions qu’elle prend, des relations qu’elle a avec son systĂšme environnant (personnes et artefacts). Les donnĂ©es qu’elle reçoit, celles qu'elle va chercher selon la perspective dans laquelle elle se place, sont transformĂ©es par interaction avec ses propres savoirs et savoir-faire : ces donnĂ©es sont activĂ©es pour en faire des connaissances utiles Ă  la comprĂ©hension et la rĂ©solution des problĂšmes, la prise de dĂ©cision et l'exercice de l'activitĂ© Ă  effectuer.

Ce qui est essentiel dans cette vision c’est cette relation crĂ©atrice, entre le sujet et l’objet, prenant en compte « l’intention », la finalitĂ© de l’action, l’orientation des connaissances vers un objectif opĂ©rationnel liĂ© Ă  l'exercice des activitĂ©s [Delaigue & Grundstein, 96].

S’agissant du systĂšme d’information numĂ©rique, cette vision focalise la pensĂ©e sur l’acteur Ă  son poste de travail informatisĂ©, utilisant et produisant la plus large variĂ©tĂ© d’informations qui lui sont nĂ©cessaires. Elle est Ă  l’origine de la mĂ©taphore de « l’acteur et du systĂšme d’information numĂ©rique » reprĂ©sentĂ©e sur la figure.

L'acteur Ă  son poste de travail informatisĂ©, engagĂ© dans un processus mĂ©tier est soumis aux contraintes inhĂ©rentes Ă  ce processus. Pour agir, il doit comprendre les situations, trouver des solutions et dĂ©cider. Pour cela, et selon ses intentions propres, il met en Ɠuvre des compĂ©tences, fondĂ©es sur ses savoirs et ses savoir-faire. Il doit pouvoir, tout Ă  la fois : recevoir les "informations circulantes" spĂ©cifiques Ă  son activitĂ© ; accĂ©der Ă  des "informations sources de connaissances" et Ă©changer des "informations partagĂ©es". De plus il doit capitaliser les connaissances produites dans l'exercice de son activitĂ©.

Le poste de travail informatisĂ©, fenĂȘtre ouverte sur le monde de l'entreprise, devient l'instrument incontournable de tout acteur-dĂ©cideur, quel que soit son niveau hiĂ©rarchique.

Ainsi, au-delĂ  de ses fonctions d’acquisition, de traitement, de stockage et de restitution des informations traitĂ©es oĂč stockĂ©es, le systĂšme d'information numĂ©rique apporte le support indispensable au management des connaissances. L’enjeu devient alors de penser Ă  la meilleure façon, tant technologique qu’organisationnelle, de concevoir un systĂšme d’information numĂ©rique qui permette Ă  l’acteur Ă  son poste de travail, dans sa situation, d’obtenir les informations circulantes, de partager ses connaissances tacites et d’accĂ©der aux informations sources de connaissances qui lui sont nĂ©cessaires pour comprendre et rĂ©soudre les problĂšmes qu’il rencontre, prendre des dĂ©cisions, exercer son activitĂ© et capitaliser les connaissances produites dans l’exercice de cette activitĂ©.

Jusqu’à prĂ©sent les concepteurs du systĂšme d’information numĂ©rique traitaient des « informations circulantes » dans notre acception du terme. Nous devons, aujourd’hui, penser un systĂšme d’information qui intĂšgre trois nature d’informations : les informations circulantes, les informations partagĂ©es, les informations sources de connaissances. De ce point de vue, dans la conception de systĂšme d’information numĂ©rique, il est primordial de tenir compte [Grundstein & Rosenthal-Sabroux, 99] :

‱ des avancĂ©es en matiĂšre de conception de systĂšmes d’informations circulantes fournies, par exemple, par le langage de modĂ©lisation UML et son processus de dĂ©veloppement (RUP) [Kettani et al, 98];
‱ des apports des Progiciels de Gestion IntĂ©grĂ©s ;
‱ des technologies de traitement des informations partagĂ©es (GED, Groupware, workflow, CSCW, outils de fouille et de prĂ©sentation de donnĂ©es, outils de comprĂ©hension de texte, moteurs de recherche et outils de personnalisation de l'information) ;
‱ des techniques de gestion des connaissances pour activer le cycle de capitalisation des connaissances et repĂ©rer, prĂ©server, valoriser, actualiser les informations sources de connaissances ;
‱ des retombĂ©es des recherches en ingĂ©nierie des connaissances.

L'acteur et le systĂšme d'information

7. Conclusions

 

ConfrontĂ©es aux transformations rapides provoquĂ©es par les influences conjointes de la mondialisation des marchĂ©s, de la libĂ©ralisation de l’économie et de l’impact des nouvelles technologies de l ’information et de la communication, les entreprises sont placĂ©es devant la nĂ©cessitĂ© d’accorder plus d’autonomie Ă  chaque employĂ© qui se transforme ainsi en acteur-dĂ©cideur (knowledge worker), quel que soit son rĂŽle et sa position hiĂ©rarchique.
Elles prennent conscience de la valeur du capital immatériel, notamment de leur capital de connaissances. Cela se perçoit au travers de l'attrait de plus en plus grand pour le management des connaissances.

Ce concept, encore Ă©mergeant, rĂ©pond Ă  une problĂ©matique ancienne celle de la capitalisation des connaissances. Au delĂ  de l ’approche implicite pratiquĂ©e au quotidien, les entreprises ont besoin d’une approche consciente et volontariste qui doit, avant tout, s’aligner sur les orientations stratĂ©giques de l ’organisation. Ainsi,

pour rĂ©pondre aux dĂ©fis de la nouvelle Ă©conomie, chaque entreprise doit ĂȘtre abordĂ©e selon ses singularitĂ©s de situation et d ’organisation.
La capitalisation des connaissances n’est pas une fin en soi. C’est une problĂ©matique permanente, omniprĂ©sente dans les activitĂ©s de chaque employĂ© :

‱ il faut accĂ©lĂ©rer les processus de dĂ©cision et en amĂ©liorer le fondement ;
‱ il faut rendre la personne plus performante dans l’exercice de ses activitĂ©s, lui permettre d’acquĂ©rir de nouveaux savoir-faire, de maintenir et d’élever son niveau de compĂ©tence ;
‱ il faut favoriser son autonomie et la rendre plus mobile et plus apte Ă  affronter les fluctuations engendrĂ©es par les contraintes Ă©conomiques.

Cela implique de mettre en place un systĂšme d’information numĂ©rique ouvert et adaptatif, qui donne Ă  chaque acteur, Ă  son poste de travail, les moyens de fournir, de recevoir, d’accĂ©der et de partager “la plus large variĂ©tĂ© d’informations qu’il juge nĂ©cessaires et ce le plus rapidement possible ”. Ainsi nos recherches ont conduit Ă  distinguer trois natures de d'informations et Ă  Ă©laborer une vision du systĂšme d’information numĂ©rique centrĂ© sur l’acteur-dĂ©cideur Ă  son poste de travail informatisĂ© [Grundstein & Rosenthal-Sabroux, 99].

EmportĂ©es par le courant de la mondialisation de l’économie, les organisations changent de paradigme : le capital immatĂ©riel, notamment la connaissance, constitue un atout prĂ©pondĂ©rant. L’homme, qui doit dĂ©cider pour agir, se trouve confrontĂ© Ă  des problĂšmes dont la solution, au delĂ  des contraintes matĂ©rielles qui peuvent ĂȘtre rĂ©sorbĂ©es, fait appel Ă  des connaissances pour ĂȘtre rĂ©solus. Pour valoriser le capital de connaissances, la personne Ă  son poste de travail informatisĂ©, fenĂȘtre ouverte sur le monde de l’organisation, doit pouvoir : recevoir les informations circulantes spĂ©cifiques Ă  ses activitĂ©s ; accĂ©der Ă  des informations sources de connaissances ; partager ses connaissances tacites. Le systĂšme d’information numĂ©rique, envisagĂ© de ce point de vue, est un Ă©lĂ©ment incontournable de ce changement de paradigme.

Dans cette perspective une approche prospective conduisant à la transformation de l'entreprise, par étapes successives, depuis l'entreprise cloisonnée jusqu'à l'entreprise apprenante et à l'implantation d'une fonction de management du capital intellectuel ou de management des connaissances, l'entreprise doit agir selon trois axes, à notre avis, essentiels :

‱ Au-delĂ  des processus d'ingĂ©nierie physique et d'ingĂ©nierie de l'information, l'entreprise - pour devenir apprenante - doit dĂ©velopper un processus d’apprentissage organisationnel.

‱ De plus, elle doit renforcer ses dĂ©marches institutionnelles : identifier ses compĂ©tences distinctives globales (core competence) et les domaines de connaissances stratĂ©giques, exercer une veille active, mettre en place une gestion des compĂ©tences, gĂ©rer un rĂ©seau d'experts, Ă©tablir un rĂ©pertoire des ressources technologiques saillantes, encouragĂ©e la constitution de communautĂ©s de pratiques.

‱ Enfin, elle doit promouvoir une approche pragmatique adaptĂ©e aux problĂšmes soulevĂ©s par la capitalisation des connaissances : fertiliser le terrain, multiplier les actions quotidiennes de sensibilisation, exploiter les moyens de formation Ă  distance et mettre en place des habitudes de communication et de travail de groupe plus performantes soutenues par les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

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